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Comment soigner une tendinite de la cheville ?

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Localisation de la tendinite de la cheville

Donnée-clé : le protocole PEACE & LOVE (Dubois & Esculier, 2019, British Journal of Sports Medicine) a remplacé le classique RICE comme référence internationale dans la prise en charge des tendinopathies. Son message clé : le repos complet et les anti-inflammatoires systématiques, longtemps recommandés, peuvent ralentir la réparation du tendon. La guérison repose sur une mise en charge progressive et des exercices spécifiques, avec un temps de récupération de 3 à 12 semaines selon le tendon touché.

Soigner une tendinite de la cheville : l’essentiel

  • Phase aiguë (48-72h) : protection, compression, élévation, repos RELATIF (pas total)
  • Rééducation : exercices excentriques progressifs (70-80 % de bons résultats sur l’Achille)
  • AINS : à éviter en phase initiale (ralentissent la réparation tissulaire)
  • Durée : 3-8 semaines (fibulaires, tibial) à 6-12 semaines (Achille)
  • Consulter : si douleur persistante > 2 semaines, gonflement important ou incapacité à marcher

Les tendons de la cheville : lequel est touché ?

La cheville est traversée par plusieurs tendons, et la tendinite peut toucher chacun d’entre eux. Le tendon d’Achille (face postérieure, entre le mollet et le talon) est le plus fréquemment atteint. Il provoque une douleur au talon ou juste au-dessus, avec une raideur matinale caractéristique. Les tendons fibulaires (face externe) stabilisent la cheville et sont souvent atteints chez les coureurs sur terrain irrégulier. Le tendon du tibial postérieur (face interne) soutient la voûte plantaire et sa tendinite peut évoluer vers un pied plat acquis si elle est négligée. Le tendon du tibial antérieur (face avant) est sollicité par la marche en montée ou la course.

Identifier le tendon touché oriente le traitement et le programme de rééducation. Un médecin du sport ou un kinésithérapeute qualifié peut poser le diagnostic par l’examen clinique, complété si nécessaire par une échographie.

Phase aiguë : les 48 à 72 premières heures

Le protocole PEACE (partie aiguë de PEACE & LOVE) guide la prise en charge immédiate. Protection : réduisez les mouvements qui provoquent la douleur, sans immobiliser complètement (le repos total affaiblit le tendon). Élévation : surélevez le pied au-dessus du coeur pour limiter l’oedème. Évitez les anti-inflammatoires (AINS) et la glace prolongée : la réponse inflammatoire initiale est nécessaire à la réparation tissulaire. La glace soulage la douleur mais ne doit pas être appliquée plus de 10-15 minutes toutes les 2 heures. Compression : un bandage léger réduit le gonflement. Éducation : informez-vous sur les délais de guérison réalistes pour éviter les reprises prématurées.

Pourquoi il ne faut pas rester au repos complet

C’est le changement majeur apporté par les recherches récentes. Le repos total était autrefois la première recommandation. On sait aujourd’hui qu’il fragilise le tendon en réduisant sa capacité à supporter les charges. Le tendon se répare et se renforce par la mise en charge progressive, pas par l’immobilité. Le protocole LOVE (partie rééducation) recommande : Load (charge progressive guidée par la douleur), Optimism (un état d’esprit positif accélère la guérison), Vascularisation (exercice cardiovasculaire sans douleur pour irriguer le tendon) et Exercise (exercices spécifiques de rééducation).

Les exercices excentriques : le traitement de référence

Les exercices excentriques (contraction musculaire pendant l’allongement du muscle) ont transformé la prise en charge des tendinopathies depuis les travaux de Hakan Alfredson. Le principe : le tendon est sollicité en phase d’étirement contrôlé, ce qui stimule la production de collagène et la réorganisation des fibres tendineuses. Un protocole de 12 semaines d’exercices excentriques du triceps sural obtient 70 à 80 % de bons résultats sur les tendinites d’Achille chroniques.

Pour le tendon d’Achille : debout au bord d’une marche, montez sur la pointe des deux pieds, puis descendez lentement sur le pied atteint uniquement, talon sous le niveau de la marche. 3 séries de 15 répétitions, 2 fois par jour. La douleur modérée (3-4/10) pendant l’exercice est acceptable et même attendue. Une douleur au-delà de 5/10 indique une charge excessive. Pour les fibulaires ou le tibial, le kinésithérapeute adapte les exercices à la fonction spécifique du tendon concerné (éversion, inversion, stabilisation).

La kinésithérapie et les traitements complémentaires

Un kinésithérapeute formé aux pathologies sportives est le professionnel de référence pour la rééducation des tendinopathies de la cheville. Il adapte la charge, la fréquence et l’intensité des exercices à votre progression. Les séances incluent généralement des exercices de mobilité articulaire, du renforcement musculaire progressif (isométrique, puis excentrique, puis concentrique) et du travail proprioceptif (équilibre sur plateau instable) pour prévenir les récidives.

Les semelles orthopédiques sont indiquées si un défaut biomécanique (pied plat, hyperpronation) contribue à la surcharge tendineuse. Les ondes de choc extracorporelles sont proposées en cas d’échec du traitement conservateur après 3-6 mois. Le PRP (plasma riche en plaquettes) est une option en cours d’évaluation.

La kinésithérapie et les traitements complémentaires

La reprise progressive

La reprise d’activité suit la règle des 10 % : n’augmentez pas le volume ou l’intensité de plus de 10 % par semaine. Cette progression permet au tendon de s’adapter sans rechute. Reprenez d’abord par des activités à faible impact (vélo, natation, marche sur terrain plat), puis réintroduisez progressivement la course ou les sports sollicitant la cheville. La douleur est le guide : une douleur de 2-3/10 pendant l’activité est tolérable, au-delà réduisez l’intensité. Si la douleur persiste le lendemain, vous avez trop sollicité le tendon.

La durée de guérison

La tendinite d’Achille demande 6 à 12 semaines de traitement en moyenne. Les tendinites des fibulaires ou du tibial postérieur guérissent en 3 à 8 semaines pour les formes légères à modérées. Les formes chroniques peuvent nécessiter 4 à 6 mois de rééducation. L’assiduité dans les exercices est le facteur le plus déterminant : une pratique régulière améliore les résultats de 30 à 40 % par rapport à une pratique irrégulière.

Vos questions sur la tendinite de la cheville

Faut-il mettre de la glace sur une tendinite ?

La glace soulage la douleur à court terme, mais elle n’accélère pas la guérison. Le protocole PEACE & LOVE recommande de limiter son usage à 10-15 minutes toutes les 2 heures en phase aiguë. L’application prolongée freine la réponse inflammatoire nécessaire à la réparation tissulaire.

Peut-on marcher avec une tendinite de la cheville ?

Oui, et c’est même recommandé dans la majorité des cas. La marche à rythme modéré, sur terrain plat, maintient la vascularisation du tendon et prévient la perte de force. Adaptez la distance à la douleur : si elle dépasse 3-4/10, raccourcissez la marche. Le repos total est contre-productif sauf en cas de rupture tendineuse.

Les anti-inflammatoires sont-ils utiles ?

En phase aiguë, les AINS (ibuprofène, kétoprofène) soulagent la douleur mais ralentissent la réparation du tendon en inhibant la réponse inflammatoire réparatrice. Le paracétamol est préférable pour la gestion de la douleur. Les AINS topiques (gel ou crème) sont mieux tolérés que les AINS oraux. Dans tous les cas, ils ne traitent pas la cause.

Quand faut-il consulter ?

Consultez si la douleur persiste au-delà de 2 semaines malgré le repos relatif, si le gonflement est marqué, si vous ne pouvez pas poser le pied au sol, si la douleur s’aggrave ou si vous ressentez un « claquement » brutal (risque de rupture tendineuse, urgence). Un médecin du sport ou un kinésithérapeute posera le diagnostic et adaptera le traitement.

Ce qu’il faut retenir

Soigner une tendinite de la cheville repose sur trois piliers : la protection sans immobilisation totale (protocole PEACE en phase aiguë), la mise en charge progressive guidée par la douleur (protocole LOVE) et les exercices excentriques encadrés par un kinésithérapeute (70-80 % de bons résultats documentés). Les anti-inflammatoires systématiques et le repos complet, longtemps prescrits, sont aujourd’hui remis en question. La guérison prend 3 à 12 semaines selon le tendon et le stade, avec un facteur clé : la régularité des exercices.

Cet article est à titre informatif et ne remplace pas un diagnostic médical. Une tendinite de la cheville nécessite un examen clinique par un médecin ou un kinésithérapeute pour identifier le tendon atteint et adapter le traitement. En cas de douleur aiguë, de claquement ou d’incapacité à marcher, consultez en urgence.