Diététicien : une profession en pleine expansion

STATISTIQUES

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+ 26,4 % de diététiciens en trois ans et + 8,3 % en un an : la profession attire… Et surtout des femmes ! Dans son rapport réalisé pour la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), Daniel Sicart dresse un état des lieux très positif du métier. On y découvre néanmoins de fortes disparités régionales, tant en termes d’attractivité que de densité de professionnels. La couverture de l’Hexagone tend cependant à s’intensifier. Les profils de carrière évoluent également : à chaque âge, son statut.

D’après le rapport « Les professions de santé au 1er janvier 2013 », Daniel Sicart, Drees.

Chaque année, la Drees publie un rapport sur « Les professions de santé » pour faire le point sur la démographie paramédicale. Depuis 2010, Daniel Sicart, auteur de ce rapport, a intégré les diététiciens à la liste des professions qu’il étudie à la loupe. Le point sur l’évolution de la profession au cours de ces trois dernières années.

Diététicien : un métier qui attire

Au 1er janvier 2013, la France comptait 8 525 diététiciens, soit 654 de plus que l’an passé. Parmi eux, 8 398 vivent en France métropolitaine, et, nouvelle donnée depuis deux ans, 127 exercent dans un département d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte). La profession s’agrandit donc et ce dynamisme se maintient depuis trois ans : la France métropolitaine a compté successivement 6 643, 7 168, puis 7 752 diététiciens. Au total, en trois ans, la profession a fait un bond de +26,4 % ; avec une hausse d’environ 8 % chaque année et une légère tendance à l’accélération (+7,9 % ; +8,15 % ; +8,3 % d’augmentation entre 2010 et 2011 ; 2011 et 2012 ; 2012 et 2013 respectivement).

De fortes disparités régionales

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Globalement, la profession séduit sur l’ensemble du territoire puisque l’on observe une hausse des effectifs dans tous les départements français. La palme revient à la région des Bouches-du-Rhône, qui accueille cette année 47 nouvelles recrues. À l’autre bout de la France, la région Nord n’est pas en reste et recense 41 nouveaux praticiens. Dans une moindre mesure, la Gironde, les Yvelines, l’Essonne, la Seine-Saint-Denis et le Rhône semblent également bénéficier d’une image favorable puisqu’ils enregistrent chacun entre 15 et 20 nouveaux professionnels.

À l’inverse, quelques sites enregistrent une légère baisse de leurs effectifs cette année. La plus forte diminution concerne la Moselle, qui a perdu 5 praticiens. Les autres départements touchés, dans une très faible mesure, sont l’Eure-et-Loir, les Ardennes, l’Aube, l’Ariège, l’Orne et la Charente – des régions déjà faiblement pourvues en diététiciens – perdant chacun entre 1 et 2 diététiciens dans le même laps de temps (cf. carte ci-dessus).

Quelle est la couverture de l’Hexagone ?

L’augmentation globale du nombre de praticiens se répercute directement sur l’offre diététique du marché français, qui a augmenté régulièrement et de manière tout à fait satisfaisante ces trois dernières années. Ainsi, en 2010, 10,27 diététiciens officiaient pour 100 000 habitants. Trois ans plus tard, ils sont 12,73 pour cette même population (une moyenne établie sur la base des densités moyennes par région). Cependant, cette attractivité du métier ne profite pas à tous les départements français ; la couverture de l’Hexagone reste très inégale. Ainsi, nos concitoyens les mieux pourvus en diététiciens sont les Parisiens, et les Hauts-Alpins (une région pourtant faiblement peuplée…) puisque depuis 2012, 22 professionnels offrent leurs services pour 100 000 habitants, suivis de près des habitants de Haute-Garonne (21/100 000). À l’autre bout de l’échelle, en France métropolitaine, viennent la Haute-Vienne et la Vienne qui ne proposent que respectivement 6 et 7 diététiciens pour 100 000 habitants. Mais c’est, sans conteste, nos compatriotes des départements d’Outre-mer qui sont les plus mal lotis, en particulier en Guyane et à la Réunion, où l’on recense respectivement 6 et 5 professionnels pour 100 000 habitants. C’est finalement à Mayotte que l’on déplore le plus faible nombre de diététiciens. Malgré l’accueil, cette année, d’une nouvelle diététicienne, il n'y a que trois praticiens en exercice pour une patientèle potentielle de plus de 212 000 personnes !

Le profil du diététicien

Quel est le portrait type du diététicien français en 2013 ? Le métier se décline plutôt au féminin, puisque les femmes représentent non moins de 94,6 % de la profession ! Notre diététicienne est jeune, aux alentours de 38 ans, et citadine. La génération des quadras préfère exercer dans un établissement public de santé, mais les plus jeunes optent plus volontiers pour le cabinet privé ou de groupe, deux modes d’exercice qui plaisent de plus en plus (en 2010, elles n’étaient que 22 % à avoir recours à ce statut ; elles sont aujourd’hui 28 %). Les jeunes diététiciennes se lancent également dans d’autres secteurs d’activité, un début de carrière sans doute plus opportun pour tenter de découvrir les différentes facettes qu’offre la profession (cf. figures). Les métiers de la communication, de l’enseignement ou de la recherche attirent les diététiciennes plus expérimentées.

Qu’en est-il des autres professions de santé répertoriées ?

L’année 2013 fut une année faste pour les professions médicales et paramédicales recensées dans ce rapport, puisque plus de 37 000 nouveaux praticiens sont venus grossir leurs rangs. Deux domaines tiennent le haut du tableau de ce bilan général : les opticiens-lunetiers et les diététiciens, dont les effectifs augmentent de 9,3 % et 8,3 %, respectivement. Le dynamisme des autres professions n’est pas en reste : psychomotriciens, ergothérapeutes et audioprothésistes sont plus de 5 % plus nombreux qu’en 2012. À la traîne néanmoins, les chirurgiens-dentistes et les pharmaciens qui, après avoir perdu quelques confrères entre 2011 et 2012, reprennent lentement leur progression avec une faible hausse de +0,4 % pour les premiers, et +1,2 % pour les seconds.

Le répertoire des professions de santé évolue

Le rapport de la Drees dresse également un bilan pour de nombreuses autres professions médicales ou paramédicales, parmi lesquelles on retrouve les chirurgiens-dentistes, les pharmaciens, les sages-femmes, les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes, les orthophonistes, les orthoptistes, les psychomotriciens, les pédicure-podologues, les ergothérapeutes, les audioprothésistes, les opticiens-lunetiers et les manipulateurs ERM. Les statistiques détaillées dans le document de la Drees portent sur les professionnels enregistrés comme étant actifs au 1 er janvier 2013 sur le répertoire Adeli ou sur le Répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS). Ne sont donc pas pris en compte les praticiens bénévoles ou en recherche d’emploi. Une fois colligées, ces données sont corrigées afin de supprimer les erreurs manifestes (doublons, incohérences, informations inexploitables ou incorrectes). Les auteurs du rapport mettent cependant en garde contre les « fragilités » du répertoire Adeli. Ainsi, les professionnels de santé ne sont pas encouragés à se désinscrire ou à modifier leur profil lorsqu’ils quittent (temporairement ou définitivement) la profession ou changent de statut. Enfin, autre écueil relevé par l’auteur : les jeunes diplômés ont tendance à tarder avant de s’inscrire sur les registres, ce qui pourrait entraîner une sous-estimation des jeunes professionnels en activité.

C’est pourquoi, un passage progressif sur le RPPS est prévu pour l’ensemble des professionnels. En 2013, les pharmaciens, les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes avaient d’ores et déjà basculé vers ce nouveau répertoire ; les données sur les autres professions rassemblées dans le répertoire Adeli devraient migrer au cours de la prochaine année : « Il est prévu que le RPPS devienne opérationnel pour l’ensemble des autres professions vers la fin 2014 », précise le rapport.

Violaine Colmet Daâge