Allergie alimentaire : les dernières données de la recherche

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© Airborne - fotolia

Depuis dix ans, le Congrès francophone d’allergologie réunit mi-avril les professionnels de santé français et étrangers intéressés par l’allergie. Grâce aux nombreuses sessions plénières et ateliers pratiques, les 2500 congressistes ont pu faire le point sur les dernières découvertes scientifiques sur cette thématique, les avancées en matière de prise en charge et de prévention. Morceaux choisis.

Phénotypes de l’allergie : tout dépend de l’aliment

Si la diversité des allergies alimentaires est connue, en matière de phénotypes, seules quelques tendances se dessinent. Ainsi, les manifestations cliniques de l’allergie dépendent souvent de l’aliment incriminé. Par exemple, les allergies IgE médiées au lait ou à l’œuf sont généralement associées à la guérison dans les premières années de vie. « L’allergie persistante est associée à des sensibilisations particulières, ovomucoïdes pour l’œuf et caséine pour le lait », précise le Pr Antoine Deschildre, du service pneumologie pédiatrique au CHRU de Lille.

La sévérité dépend aussi de l’aliment. L’allergie à l’arachide, qui touche 0,5 % de la population française, est particulièrement sévère. Dans la cohorte MIRABEL ayant étudié des patients allergiques à l’arachide, « 30 % avaient présenté des antécédents d’anaphylaxie et la majorité avait une ou des comorbidités allergiques, notamment l’asthme (58 %) ou la dermatite atopique (66 %), souvent associés (40 %) », rapporte le médecin.

Certaines allergies sont mieux décrites. C’est le cas « des allergies croisées aliments-pollens, associées dans la très grande majorité des cas à des modifications légères à modérées (syndrome orale d’allergie) », même si des cas plus sévères ont été rapportés.

Enfin, l’asthme sévère de l’enfant est associé à des sensibilisations allergiques multiples, y compris alimentaires. Arachide et fruits à coque sont souvent concernés. 

Peut-on guérir de l’allergie à l’arachide ?  


© Christian Schnettelker - flickr

La prévalence de l’allergie à l’arachide a doublé ces dix dernières années chez les enfants des pays occidentaux. Cette allergie constitue la principale cause des allergies alimentaires graves, elle peut être responsable d’anaphylaxie pouvant conduire au décès. Longtemps considérée comme définitive, l’allergie à l’arachide disparaît en fait chez 10 à 20 % des enfants atteints. Une étude américaine a montré que certains patients atteints d’urticaire ou d’eczéma à l’ingestion d’arachide pouvaient développer une tolérance. À l’inverse, les patients de cette étude ayant présenté des signes d’anaphylaxie conservaient leur allergie. Une étude australienne a ajouté que des tests cutanés > 6 mm et des IgE > 3 ku avant l’âge de 2 ans sont des marqueurs d’une allergie définitive. « On peut faire l’hypothèse que les possibilités de rémission de l’allergie à l’arachide peuvent être prédites par de faibles taux d’IgE avant l’âge de 2 ans, ou bien par la diminution du niveau de sensibilisation IgE vers l’âge de 3 ans », explique le Pr Gideon Lack, chef du service d’allergie pédiatrique de la Guy’s and St Thomas’ NHS Foundation Trust, à Londres. L’étude de Denver publiée dans Clinical & Experimental Allergy en 2010 donne des résultats plus nuancés puisque les auteurs ne retrouvent pas de marqueurs fiables de la rémission de l’allergie. D’autre part, il existerait des cas de « réapparition d’une allergie qui avait disparu, ce qui pose le problème de maintien de la tolérance ». 

 

Les nouveaux allergènes alimentaires  


© Richard allaway - flickr

Dans une conférence consacrée au « diagnostic des allergies émergentes », le Dr Xavier Van der Brempt, pneumologue et allergologue à Bouge (Belgique) a présenté une sélection d’allergènes émergents recensés dans la littérature scientifique.

« En Belgique, dix espèces d’insectes ont été récemment autorisées pour l’alimentation humaine », a indiqué le scientifique. Si une seule publication a rapporté le cas d’une anaphylaxie à l’ingestion d’insectes, le scientifique prédit de nouveaux cas dans les années à venir. Le grillon aurait aussi été responsable d’allergies respiratoires sévères. « Son élevage plus intensif pour la consommation humaine pourrait donc aussi représenter un risque tant domestique que professionnel. »

Des cas d’allergies au lait de chèvre ont également été mentionnés. Celles-ci peuvent se manifester même en cas de tolérance au lait de vache. « Il a été démontré que, malgré une identité de séquence de 91 % entre la bêta-caséine de vache et de chèvre, certains patients ne réagissaient qu’à la bêtacaséine de chèvre », précise le médecin. Entre chèvre et brebis en revanche, les similitudes de séquence atteignent 99 %, « ce qui explique des allergies croisées quasi constantes ».

Le pois blond est également à surveiller puisque des cas d’allergie sont rapportés depuis plusieurs années. Il est notamment utilisé dans l’industrie agroalimentaire comme émulsifiant et gélifiant. De plus, les isolats de pois blond sont parfois employés pour enrichir les plats en protéines car leur teneur en protéines peut atteindre 85 %.

Le scientifique cite par ailleurs quelques cas de réactions sévères aux épices et aux condiments. Sont notamment concernés l’oignon, l’ail, l’estragon, le romarin, l’origan ou le thym.
 

Quel est le rôle du microbiote dans le développement de l’allergie alimentaire ?

« La colonisation précoce du tractus digestif du nouveau-né par les bactéries commensales joue un rôle clé dans la stimulation et la maturation du système immunitaire et [sa perturbation serait] associée au développement des maladies allergiques », a expliqué le Dr Stéphane Hazebrouck, de l’Inra à Saclay. La comparaison de microbiotes provenant d’enfants allergiques ou non n’a pas permis d’identifier de manière consensuelle des dysbioses spécifiques des maladies allergiques. Cependant, l’utilisation de techniques de séquençage à haut débit de l’ADN bactérien indique qu’une biodiversité microbienne élevée est sans doute plus bénéfique lors des premiers mois de vie que la prévalence de certaines espèces bactériennes. Une faible diversité du microbiote intestinal a ainsi été rapportée chez des enfants qui ont ensuite développé une dermatite atopique ou un asthme. Des études sur des modèles murins retrouvent aussi une association entre les perturbations précoces de la colonisation bactérienne du tube digestif et le développement des réponses allergiques. Ainsi, l’absence de microbiote intestinal chez des souris axéniques (vivant dans un environnement stérile) ne permet pas une maturation correcte du système immunitaire, et induit chez ces animaux des réponses allergiques exagérées après sensibilisation expérimentale. Le même biais est observé chez des souris conventionnelles qui reçoivent dès la naissance un traitement antibiotique. L’implantation tardive d’un microbiote ne permet pas non plus de corriger entièrement les défauts du système immunitaire induits par la période d’axénie, confirmant donc que les perturbations précoces de la colonisation bactérienne peuvent avoir des répercussions immunitaires sur le long terme. 

Prévention de l’allergie à l’arachide : quelle stratégie ?

Les données de la littérature scientifique remettent aujourd’hui en cause la stratégie d’évitement de l’arachide pour les nourrissons à haut risque allergique et chez leurs mères durant leur grossesse et l’allaitement. En effet, de récents travaux ont suggéré que de petites quantités d’allergènes transmises par le lait maternel peuvent prévenir l’apparition d’une sensibilisation aux arachides. Une étude anglaise parue il y a quelques années a également souligné que la survenue de l’allergie à l’arachide était plus fréquente chez les enfants anglais que chez les petits israéliens. En cause : une introduction plus précoce de l’allergène chez les nourrissons israéliens (7 mois contre plus de 1 an au Royaume-Uni). L’étude LEAP publiée cette année dans le New England Journal of Medicine, confirme ces résultats. À 5 ans, 13,7 % des enfants classés comme étant les moins à risque de développer une allergie et soumis à un régime d’éviction de l’arachide étaient devenus allergiques contre seulement 1,9 % de ceux qui en avaient consommé. « La réduction de la prévalence de l’allergie est de l’ordre de 86 % », résume le Pr Lack. De même, pour les enfants classés comme les plus à risque (il s’agissait d’enfants sensibilisés à l’arachide mais non encore allergiques), 35,3 % de ceux qui avaient suivi le régime d’éviction étaient devenus allergiques contre 10,6 % de ceux qui ne l’avaient pas fait, soit 70 % de réduction de prévalence.

À noter que 10 % de la population de ce travail ont été exclus : certains enfants présentaient dès le début de l’étude un test de provocation oral positif à l’arachide, et d’autres avaient interrompu l’étude en raison de la survenue de symptômes d’allergie. « L’efficacité et la sécurité d’une consommation précoce d’arachide demeure donc inconnue dans cette population », précise le scientifique. La question du maintien de la tolérance acquise par une exposition précoce reste en suspens. L’étude se poursuit et tentera d’y répondre.