Aliments et médicaments : attention aux interactions

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Si l’observance d’un traitement contribue à son efficacité, l’alimentation peut influencer la tolérance aux médicaments et agir en atténuant, en renforçant ou en ralentissant leurs effets. C’est pourquoi il est utile de rappeler aux patients les posologies de leur traitement et de les avertir des conséquences de leur alimentation.

Prendre un médicament pourrait paraître banal : avec du liquide, pendant un repas, etc. Pourtant, nombreuses sont les interactions possibles entre les molécules thérapeutiques et les aliments consommés. Les nutriments peuvent interagir avec les médicaments aux niveaux de leur absorption, de leur métabolisme, ainsi que de leur élimination et en diminuer l’efficacité, voire en augmenter la toxicité. Parmi les facteurs d’influence: l’âge, l’état de santé et les pathologies digestives du patient le cas échéant mais aussi la forme galénique des médicaments et leurs propriétés physico-chimiques. Pour comprendre comment les médicaments peuvent être absorbés dans l’organisme et de quelle façon, quelques rappels de chimie s’imposent. Le degré d’ionisation et la polarité des molécules de la substance active qui composent les médicaments influencent leur dissolution dans le tube digestif ainsi que leur capacité à traverser les membranes gastro-intestinales [1]. Le paracétamol ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens(AINS) par exemple sont des substances apolaires ionisables rapidement dissoutes qui traversent facilement les membranes intestinales. Leur vitesse d’absorption est déterminée par le rythme de la vidange gastrique. L’absorption des substances apolaires non ionisables, comme la ciclosporine (un immunosuppresseur), ou la carbamazépine (contre les épilepsies), peu solubles, est facilitée par des repas riches en graisses qui ralentissent la vidange et stimulent les sécrétions gastrique et biliaire. En revanche, l’ingestion d’aliments en même temps que des substances polaires ionisables (telles que le diurétique furosémide ou l’alendronate, utilisé dans le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique), qui sont très solubles mais traversent mal les membranes intestinales, diminue leur absorption. Enfin, la prise de repas avec des substances polaires non ionisables (comme l’antibiotique colistine), à la fois peu solubles et traversant mal les membranes intestinales, peut avoir des conséquences imprévisibles sur l’absorption de ces molécules.

Variations de pH et modifications de la motilité gastro-intestinale : l’influence de la composition des repas

L’ingestion d’aliments modifie le pH de l’organisme, ce qui peut agir sur la solubilité et la stabilité des médicaments ionisables et donc sur leur absorption et leur biodisponibilité. Ainsi, si le pH augmente, les molécules dites « bases faibles » (telles que l’anti-rétroviral indinavir ou l’antifongique itraconazole) précipitent et celles dites « acides faibles » (comme l’antirétroviral saquinavir) se solubilisent. L’antibiotique érythromycine par exemple, base faible dégradée en milieu acide, peut perdre jusqu’à 50 % de sa biodisponibilité lors d’un repas. Outre les interactions physico-chimiques entre aliments et médicaments, la quantité et la composition de la nourriture (volume, teneur calorique, température, viscosité) déterminent la vitesse de la vidange gastrique : plus la nourriture ingérée est de gros volume et à forte teneur énergétique, plus la vidange gastrique sera lente. S’il est significatif, ce ralentissement peut ralentir l’absorption intestinale d’un médicament. Si un repas complet diminue la biodisponibilité de certaines molécules comme l’indinavir – diminution de la biodisponibilité de 56 % par rapport à une prise à jeun –, l’ingestion d’un petit déjeuner augmente celle d’autres molécules comme le squanavir (dont la biodisponibilité double voire triple). Un repas peut également avoir un effet sur le délai de libération de préparations retard – certaines préparations peuvent ainsi libérer leur substance active trop rapidement au contact d’aliments – ou encore sur leur élimination – un régime laxatif peut accélérer le transit au point d’évacuer la préparation avant libération de la dose totale. Autre effet des aliments : ceux-ci peuvent entrer en concurrence avec les médicaments au niveau du système de transport intestinal des protéines : ainsi, de grandes quantités de protéines ingérées lors d’un repas peuvent diminuer l’absorption de la lévodopa prise par les patients parkinsoniens.

Le bon moment de la journée pour prendre un médicament

Outre le repas ou l’ingestion de certains aliments, il peut être utile de considérer les cycles circadiens pour la prise d’un traitement médicamenteux. Dans certains cas, prendre un médicament à un moment précis de la journée permet d’optimiser son effet (c’est ce qu’on appelle la chrono pharmacodynamie) ou d’influencer son devenir dans l’organisme (chrono pharmacocinétique). En cause : certains paramètres physiologiques suivent le cycle circadien, c’est le cas de la température corporelle, la vitesse cardiaque, la pression sanguine, les taux hormonaux, le débit rénal ou les sécrétions gastriques par exemple. C’est pourquoi les hypertenseurs sont pris le matin ou les antiulcéreux le soir. L’horaire des repas, également, peut influencer l’effet d’un médicament. Pour une efficacité et une tolérance constantes, mieux vaut prendre un médicament à des horaires réguliers.

Source : Desmeules J. Interaction des médicaments avec l’alimentation. Pharma-Flash. 2002;29(5).

Certains aliments ont des effets bien connus

Enfin, des aliments bien identifiés peuvent accentuer les effets indésirables de certaines molécules :

  • les cations métalliques comme le calcium, le magnésium ou le fer peuvent interagir avec des molécules pour former des chélates, des complexes insolubles, qui diminuent alors la biodisponibilité des médicaments : par exemple la norfloxacine (un antibiotique utilisé pour le traitement des infections urinaires), si elle est ingérée avec un produit laitier, peut voir sa biodisponibilité diminuée de moitié. La prise de risédronate (utilisé dans le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique) avec du jus d’orange ou du café a pour effet une baisse de 85 % de sa biodisponibilité [1] ;
  • l’alcool endommage les muqueuses gastrique et duodénale et ralentit la vidange gastrique. Consommé avec des tranquillisants (anxiolytiques de type benzodiazépines), des analgésiques, ou certains antidépresseurs, il peut provoquer une somnolence et réduire les réflexes. L’interaction avec des anti-inflammatoires (ibuprofène) ou de l’aspirine peut être à l’origine de brûlures d’estomac ou de reflux acides [2] ;
  • la pectine et le son d’avoine empêchent la résorption de la lovastatine, utilisée pour réduire les taux de cholestérol, qui perd alors son activité hypolipémiante [1] ;
  • les tanins contenus dans le thé empêchent l’absorption du fer [1] ;
  • le pamplemousse peut augmenter l’absorption de médicaments utilisés contre le cholestérol (simvastatine et atorvastatine), des immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus) avec pour effet une toxicité rénale, des antiarythmiques (dronédarone, ivabradine), des antidépresseurs (sertraline), ou des anticancéreux (docétaxel). L’interaction entre les agrumes en général et les anti-inflammatoires ou l’aspirine provoque des brûlures d’estomac et des reflux acides [2] ;

  • les aliments riches en vitamine K (comme les choux, les brocolis, les épinards, les avocats, le persil, la laitue, les abats) peuvent diminuer l’efficacité des médicaments anticoagulants oraux, avec pour conséquence un risque accru de thromboses [2] ;
  • la prise d’antibiotiques (comme l’énoxacine, la ciprofloxacine, la norfloxacine) en même temps que de la caféine gêne son élimination et peut conduire à un surdosage en caféine, se traduisant par une excitation, des palpitations, des tremblements, des sueurs voire des hallucinations [2] ;
  • la réglisse augmente la pression artérielle [2].
Pour qu’un traitement médicamenteux soit efficace et bien toléré par le patient, il est important de connaître les éventuelles interactions identifiées avec un repas et de l’en informer. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé recommande par ailleurs de bien lire la notice des médicaments, dans laquelle sont renseignées ces informations.

Florence Bozec