Qu’en est-il de l’efficacité des repas enrichis contre la dénutrition ?

Restauration collective

Nutrition infos
Contre la dénutrition des personnes âgées vivant en institution, les autorités recommandent une prise en charge nutritionnelle orale en première intention. Entre les repas enrichis et les compléments nutritionnels oraux, quelle est la meilleure option pour combler les déficits des personnes âgées et conserver leur plaisir de manger ? Éléments de réponse avec l’étude « Énergie Saveurs » réalisée par Elior restauration santé.
 
Si la dénutrition des personnes âgées touche environ 4 % des personnes âgées à domicile* – elle peut atteindre 25 à 30 % en cas de perte d’autonomie –,elle concerne de 15 à 38 % des personnes vivant en institution et jusqu’à 60 % des personnes hospitalisées. À l’origine de pertes tissulaires et musculaires, elle favorise la survenue de nombreuses maladies et aggrave le pronostic des pathologies sous-jacentes, augmentant le risque de décès.
Dans ses recommandations de 2007, la Haute autorité de santé (HAS) préconise une prise en charge précoce pour plus d’efficacité. Les objectifs de prise en charge de la personne âgée dénutrie consistent en des apports énergétiques de 30 à 40 kcal/kg/j et protéiques de 1,2 à 1,5 g/kg/j. Le choix des modalités de prise en charge nutritionnelle – orale (avec conseils nutritionnels, aide à la prise alimentaire, alimentation enrichie ou compléments nutritionnels oraux - CNO), entérale et/ou parentérale – dépend du statut nutritionnel de la personne dénutrie, du niveau des apports alimentaires spontanés (en énergie et protéines notamment) et de la sévérité des pathologies sous-jacentes. Néanmoins, l’alimentation par voie orale est recommandée en première intention, sauf en cas de contre-indication.
Elior restauration santé, prestataire de services dans les cuisines des établissements médicosociaux, a financé une étude pour tester l’efficacité de ses repas « Énergie Saveurs ». Mis au point en 2009, ces repas « conçus par un comité d’experts réunissant un gériatre, un médecin, un cuisinier et un diététicien », sont « naturellement enrichis en protéines », pour permettre aux personnes âgées de « manger comme tout le monde et de palier leurs déficiences nutritionnelles ». Mais sont-ils aussi efficaces que la prise de CNO pour lutter contre la dénutrition des personnes âgées ?
L’étude randomisée par tirage au sort a été menée pendant trois mois auprès de 66 résidents (dont 54 ont finalisé le protocole) en situation de dénutrition modérée (albumine plasmatique entre 25 et 35 g/l et/ou IMC < 21 kg/m2) et vivant au sein d’un Ehpad de la région parisienne. Parmi eux, 35 ont été inclus dans le groupe « alimentation enrichie », consistant en un enrichissement naturel des repas à base de viande, poisson, œuf, produits laitiers (soit 338 kcal et 30 g de protéines par jour), et 31 appartenaient au groupe « CNO », correspondant à un apport quotidien de boisson lactée hyperprotéinée et hypercalorique (48 kcal et 30 g de protéines par jour) en plus de l’alimentation habituelle.
Bien que les ingesta supplémentaires étaient significativement plus importants dans le groupe « CNO » par rapport au groupe « alimentation enrichie », aucune différence significative n’a été observée entre les poids et les taux plasmatiques d’albumine des personnes des deux groupes. Selon le Pr Claude Jeandel, médecin gériatre au CHU de Montpellier à qui a été confiée l’étude, ces résultats montrent qu’« une alimentation enrichie n’est pas moins efficace que la prise de CNO »
 
Source : Conférence de presse « Présentation des résultats de l’étude scientifique sur la dénutrition des personnes âgées en institution », tenue le 18 octobre à Paris.
 
Florence Bozec
 
* Rapport HAS, Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée, avril 2007.

 

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