Les bonbons sont-ils des instruments de construction du lien social ?

Sociologie


© bullesdecitron - Fotolia.com

Bien que traditionnellement associés à l’enfance, les bonbons restent très présents au collège. Une chercheuse en sociologie de l’Inra Versailles-Grignon s’est intéressée aux rôles de ces friandises qui « se mangent, se donnent et se demandent au quotidien » dans les cours de récré. Elle a découvert que le bonbon est à la fois un objet de transgression et un vecteur de liens sociaux.

Pendant deux ans, une étude a été menée auprès de 60 enfants âgés entre 12 et 13 ans (classe de 5e), issus de milieux sociaux différents et appartenant à des groupes d’élèves plus ou moins intégrés : des enfants « populaires » et d’autres plus en marge. 

Si le bonbon conserve son caractère hédonique lorsqu’il est consommé à l’occasion d’une fête organisée par l’établissement (goûter ou repas de Noël par exemple), il devient un objet de transgression quand il est consommé à d’autres moments. En dehors des repas ou en cachette pendant les cours, il « permet aux élèves "populaires", plutôt rebelles […] de gagner en prestige et plus encore d’affirmer leur position au sein de la classe », explique la sociologue.

Le bonbon permet aussi de tisser des liens sociaux. En effet, selon la sociologue, « choisir avec qui on partagera le bonbon que l’on apporte est lourd de signification », traduisant ainsi un lien émotionnel qui permet de dessiner son cercle d’amis chez les « populaires ». En revanche, l’élève en retrait « plutôt dominé […] se transforme en fournisseur », pour gagner l’amitié des autres élèves, il se sent obligé de donner pour gagner de l’estime auprès de ces camarades plus « populaires » ou recevoir une « marque d’amitié fugace ». « Le partage de bonbons révèle ainsi la violence qui s’exprime à l’intérieur des groupes de pairs au collège à travers de forts enjeux de domination », conclut la spécialiste.

Source : Inra. 

Elisa Joaquin