Faut-il supprimer les acides gras trans de notre alimentation ?

POLITIQUE


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Des experts britanniques suggèrent, dans un article paru cette semaine dans le BMJ, que l’interdiction totale des acides gras trans dans les aliments transformés préviendrait ou retarderait le décès de plus de 7000 personnes dans les cinq années à venir en Angleterre. Cette politique contribuerait également à réduire les inégalités de santé.

Fabriqués à partir d'huiles végétales par le processus industriel d’hydrogénation, les acides gras trans sont couramment ajoutés aux aliments transformés pour améliorer, à moindre coût, leur durée de conservation et leur palatabilité. Pourtant, un apport élevé en ces composés serait associé à un risque accru de décès par maladie coronarienne. En outre, la consommation d’acides gras trans est généralement plus élevée dans les groupes socio-économiques défavorisés.
Une équipe de chercheurs britanniques a décidé d'évaluer trois options stratégiques pour réduire la consommation de gras trans en Angleterre : l’interdiction totale des acides gras trans dans les aliments transformés, l’amélioration de l'étiquetage et l’interdiction des acides gras trans dans les restaurants et points de vente à emporter. Les bénéfices en termes de santé et d’égalité de santé mais également la rentabilité de chaque politique ont été évalués. Des facteurs de risque supplémentaires tels que l'âge, le sexe et le statut socioéconomique ont été pris en compte.

Les chercheurs ont constaté que l'interdiction totale des acides gras trans industriels dans les aliments transformés pourrait potentiellement empêcher ou retarder environ 7200 décès (2,6 %) par maladie coronarienne sur la période 2015-20. De plus, cette politique permettrait de réduire les inégalités entre les différents groupes socio-économiques d’environ 3 000 décès (15 %). En effet, le décès précoce par maladie coronarienne serait sensiblement plus élevé chez les groupes socio-économiques les plus défavorisées, également plus consommateurs d’acides gras trans.

Les politiques visant à améliorer l'étiquetage ou tout simplement éliminer les acides gras trans dans les restaurants et traiteurs pourraient permettre d’économiser entre 1800 (0,7 %) et 3500 (1,3 %) décès par maladie coronarienne et de réduire les inégalités de 600 (3 %) à 1500 (7 %) décès, les rendant ainsi au mieux deux fois moins efficace. Concernant la rentabilité, les auteurs estiment que la première stratégie est également la meilleure même si les coûts de reformulations restent importants.

Selon les auteurs, « l'élimination des acides gras trans des aliments transformés est un objectif réalisable pour la politique de santé publique », qui permettrait de réduire les prestations de santé. Ils suggèrent de continuer à compter sur la coopération de l'industrie mais appellent également à « une action décisive » au niveau politique pour privilégier les options les plus efficaces et rentables.