Perturbateurs endocriniens : l’effet cocktail confirmé au niveau microscopique

recherche


© lushik - istock

Une équipe de chercheurs français a montré que plusieurs molécules de notre environnement ont une affinité renforcée pour un récepteur membranaire dès lors qu’elles sont en présence l’une de l’autre. Ce mécanisme pourrait contribuer à l’effet cocktail des perturbateurs endocriniens.

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’interagir inopportunément avec des protéines régulatrices de nos cellules et d’induire de nombreux troubles physiologiques ou métaboliques (cancers, obésité, diabète, etc.). Ces substances chimiques, qui prises isolément, sont sans danger pour l’Homme, sont soupçonnées de devenir nocives lorsqu’elles sont mélangées. Trois équipes de recherche associant des chercheurs de l’Inserm et du CNRS à Montpellier ont découvert in vitro un mécanisme moléculaire qui pourrait contribuer à ce phénomène connu sous le nom d’« effet cocktail ».

Dans un article à paraître dans Nature Communications, les chercheurs rapportent que certains estrogènes comme l’éthinylestradiol (ou des composants actifs des pilules contraceptives) et des pesticides organochlorés tels que le transnonachlor, bien que très faiblement actifs par eux-mêmes, ont la capacité de se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l’activer de façon synergique. « Les analyses à l’échelle moléculaire indiquent que les deux composés se lient coopérativement au récepteur, c’est-à-dire que la fixation du premier favorise la liaison du second, expliquent les chercheurs. Cette coopérativité est due à de fortes interactions au niveau du site de liaison du récepteur, de sorte que le mélange binaire induit un effet toxique à des concentrations largement plus faibles que les molécules individuelles. »

Ce résultat constitue une explication rationnelle au concept d’effet cocktail et ouvre un champ d’investigation. « Il existe en effet dans notre environnement environ 150 000 composés dont l’action pourrait avoir des effets inattendus sur la santé humaine au regard de leur innocuité reconnue ou supposée en tant que substances isolées », précisent les auteurs. Ces composés exogènes se retrouvent dans les polluants environnementaux, les médicaments ou des substances provenant de notre alimentation.

Sources : Inserm ; Delfosse V, et al. Synergistic activation of human pregnane X receptor by binjary cocktails of pharmaceutical and environnemental compounds. Nature Communications, 3 septembre 2015.