Édulcorants : pas d’effet avéré sur le poids ou sur la glycémie

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Dans son avis publié le 9 janvier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) indique que les édulcorants ne présentent pas de bénéfice sur la santé. En particulier, la consommation d’édulcorant intense (EI) n’aurait aucun effet sur le contrôle du poids ou sur l’incidence du diabète.

Les édulcorants font l’objet d’une évaluation approfondie depuis la publication de deux études sur les risques potentiels liés à la consommation de ces composés. Le premier avis de l’Anses rendu en 2011 sur deux EI (l’aspartame et l’acésulfame K) a estimé que l’évaluation devait être poursuivie. L’Efsa a ainsi procédé à leur ré-évaluation. Ses conclusions publiées en décembre 2013 ne remettaient pas en cause la dose journalière admissible. « Des questions récurrentes relatives aux bénéfices et aux risques sanitaires d’ordre nutritionnels des édulcorants [subsistaient] », explique l’Anses. Un groupe de travail s’est donc penché sur les effets de huit édulcorants intenses : l’aspartame, l’acésulfame de potassium, l’acide cyclamique et ses sels, le rebaudioside A, le néohespéride dihydrochalcone, le néotame, la saccharine et ses sels, le sucralose, le sel d’aspartame acésulfame et la thaumatine. L’évaluation a porté sur les effets de leur consommation sur le comportement et les préférences alimentaires, le poids et le métabolisme glucidique. Les femmes enceintes ont également été l’objet d’une attention particulière. « D’autres champs d’études, identifiés grâce à la revue bibliographique systématique, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les processus cognitifs ont également été pris en compte », rapportent les auteurs.

Contrôle du poids et de la glycémie

L’utilisation d’édulcorants en substitution induit une réduction de l’apport calorique immédiat, de l’ordre de 220 kcal par jour. La substitution serait plus efficace dans les boissons que dans les aliments solides car « l’énergie apportée par les liquides serait moins satiétogène que celle apportée par des aliments solides », précise l’Anses. Les données ne permettent pas de garantir un maintien de cet effet à longs termes. De plus, la majorité des études expérimentales montre qu’« une consommation ponctuelle avant ou pendant un repas n’a aucun effet sur la prise alimentaire et l’apport énergétique au cours du repas suivant ». Car si la consommation d’édulcorant réduit la sensation de faim et le désir de manger, au même titre que les sucres caloriques classiques, cet effet reste transitoire. La consommation d’édulcorants dans l’enfance n’aurait pas d’effet sur le développement du goût, des préférences alimentaires et de la prise alimentaire à longs termes. Concernant le poids, les résultats sont contradictoires et ne permettent pas de trancher en faveur de l’un ou l’autre produit sucrant chez l’adulte, comme chez l’enfant.

Les auteurs précisent que « la consommation d’EI n’a pas d’effet sur les paramètres glycémiques à courts et moyens termes chez le sujet sain ou chez le sujet diabétique. (…) Et les études les plus robustes ne rapportent pas d’effet [sur le risque d’apparition d’un diabète de type 2] ». Le profil lipidique ne serait pas modifié.

Grossesse, cancers, effets neurologiques

En accord avec la note d’étape rendue en 2012, l’Anses confirme que « les données disponibles ne permettent pas d’identifier de bénéfice ni de conclure sur le risque lié à la consommation des EI pendant la grossesse ». Dans l’ensemble, le risque de cancer ne serait pas modifié. « Seule une étude récente suggère un lien entre la consommation de boissons contenant des EI et l’apparition de lymphomes non hodgkiniens et de myélomes, appelant des travaux complémentaires », précise l’agence. Des données complémentaires sont également attendues pour conclure sur les effets de ces molécules sur le déclenchement de crises d’épilepsie ou de migraine.

Poursuivre les recherches

L’Anses conclut qu’il n’existe aucun argument en faveur de la substitution des sucres classiques par des édulcorants intenses dans le cadre de sa politique de santé. « Les données disponibles ne montrent pas l’existence d’un risque chez les consommateurs ponctuels. En revanche, les données épidémiologiques actuellement disponibles ne permettent pas d’écarter complètement certains risques en cas de consommation régulière et prolongée ». L’agence appelle donc les laboratoires de recherche a mené de nouvelles investigations sur l’effet des édulcorant sur :
-          Le comportement alimentaire et l’apport énergétique à longs termes ;
-          Les préférences alimentaires à longs termes ;
-          Les femmes enceintes, les enfants (et notamment durant la phase périnatale), les diabétiques, et les consommateurs réguliers.

L’interaction entre corpulence et consommation d’édulcorants pourrait également être étudiée. Par ailleurs, des études nationales permettraient d’évaluer ces risques dans un contexte de consommation française.

PS