L’Irdes analyse l’évolution de la consommation d’alcool chez les jeunes

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L’entourage ou l’argent de poche pourraient influencer la consommation d’alcool chez les jeunes. C’est ce que révèle une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) publiée fin janvier.

Pour explorer la consommation et les comportements des jeunes vis-à-vis de l’alcool, les auteurs se sont basés sur la dernière enquête Ireb datant de 2007, qu’ils ont complétée avec des informations issues d’enquêtes épidémiologiques – enquêtes européennes HBSC (Health Behaviour in School-aged Children) et Espad (European School Survey on Alcohol and other Drugs), enquête française Escapad (Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense) et le Baromètre santé de l’Inpes). Toutes ces données offrent une perspective évolutive sur plus de dix années, à partir des déclarations faites par des jeunes âgés de 13 à 24 ans.

L’étude apporte un éclairage quant aux conditions de consommation d’alcool : les jeunes tous âges confondus boivent surtout lors d’activités « festives », en famille ou entre amis. Pour les trois quarts d’entre eux, l’ivresse renvoie à des effets positifs (gaieté, rire, détente). Leur consommation modérée en présence d’un contrôle social atteint en revanche un niveau élevé avec risque d’ivresse lors de soirées festives privées ou publiques. Les données montrent aussi que le contexte socio-économique influencerait la consommation, l’argent de poche favorisant une consommation abusive chez les mineurs. Ainsi, par rapport aux jeunes qui ne reçoivent pas d’argent de poche, ceux qui possèdent une somme mensuelle entre 51 et 100 euros ont « 5,9 fois plus de risques d’être consommateurs abusifs que modérés ». Un phénomène qui disparaît passé 18 ans. À sommes d’argent disponibles égales, les jeunes actifs seraient plus consommateurs que les étudiants. Mais plus la somme disponible est élevée, plus le risque d’ivresse est élevé. Le modèle familial entre également en jeu, l’enquête Ireb montrant une surreprésentation des familles recomposées. L’influence des parents et de l’entourage est un facteur important dans la consommation des jeunes, la prise d’alcool étant plus importante chez les mineurs lorsque la consommation de leurs parents est perçue par les jeunes comme problématique. L’influence des amis est encore plus nette. Les auteurs soulignent à ce propos l’importance du rôle des parents dans la consommation de leurs enfants, « les jeunes qui consomment trop déclarant le plus souvent être autorisés à boire ou, du moins, ne pas en être dissuadés par leurs parents ».

Fille ou garçon, des modes de consommation différents malgré une réduction de l’écart

L’analyse de tous les résultats montre que l’âge et le sexe sont des facteurs déterminants du mode de consommation d’alcool : ainsi, en termes de fréquence, les garçons âgés de 13 à 24 ans sont plus souvent consommateurs que les filles ; ils sont 17 % à avoir consommé de l’alcool dix fois ou plus au cours des trente derniers jours, contre 7 % des filles dans la même tranche d’âge. Selon la dernière enquête Ireb, 2 % des filles auraient des problèmes graves avec l’alcool alors que cette proportion s’élève à 6 % chez les garçons. Les garçons boiraient également davantage que les filles en termes de quantité, jusqu’à « trois à quatre fois plus que les filles selon l’âge considéré ». D’autre part, la fréquence de consommation augmente avec l’âge (entre 13 et 15 ans, 38 % des garçons et 43 % des filles déclarent le plus fréquemment ne pas avoir consommé d’alcool au cours du dernier mois ou moins d’une fois tandis qu’au-delà de cet âge, une consommation de 1 à 9 fois prévaut dans les deux sexes). Concernant l’ivresse, 39 % des garçons de 13-24 ans déclarent ne jamais avoir été ivres ; ils sont 15 % à déclarer 10 ivresses ou plus au cours des douze derniers mois. Les filles sont moins à risque d’ivresse avec des chiffres respectifs de 51 % et 4 %. Les auteurs de l’étude soulignent par ailleurs la difficulté d’évaluation de l’émergence de binge drinking, sa définition restant problématique quant au seuil du nombre de verres à prendre en compte.

Depuis une dizaine d’années, les comportements des jeunes ont évolué face à l’alcool : les auteurs notent une réduction de l’écart entre les sexes, notamment en termes de quantités bues (les filles et les garçons de 13-20 ans déclaraient consommer respectivement 8,9 et 29,4 verres standard par mois en 2001 contre 10,6 et 26,8 verres standard par mois en 2007) et de précocité de l’expérimentation (l’âge moyen déclaré à la première consommation a baissé de 6 à 7 mois chez les garçons et les filles de 13-20 ans). Néanmoins, plus que la précocité de la consommation, c’est l’âge de la première ivresse qui serait un facteur prédictif des problèmes d’alcool ultérieurs. Cet âge moyen à la première ivresse est stable chez les garçons de 13-20 ans depuis 2001 et a baissé de quatre mois chez les filles de la même tranche d’âge. Malgré cela, une augmentation des ivresses est constatée depuis les années 2000. Un facteur inquiétant compte tenu des effets négatifs au niveau du cerveau (mémoire et fonctions d’apprentissage).

Source : Les jeunes et l’alcool : évolution des comportements, facteurs de risque et éléments protecteurs. Irdes, novembre 2013.

Florence Bozec